Mercredi 12 décembre 2007
"Chaque fois que je m'éloigne d'une page fraîchement écrite, je découvre à mon retour ce qui a fané sur les rameaux de papier, recroquevillé d'être inutile. Le temps qui
passe est un ami précieux qui nous dépouille du superflu. "
"L'âme est une petite fille qui n'en finit pas d'apprendre à lire. Assise sur une chaise d'ombre, suivant du doigt une phrase de lumière, ses pieds qui ne touchent pas terre se balancent au rythme
de ses trouvailles."
"Tout m'est lecture. La plus grande partie de ma bibliothèque est dans le ciel, avec ses volumes dépareillés de nuages, jamais à la même place. "
Christian BOBIN, "Une bibliothèque de nuages", Lettres Vives, 2006
Ce livre se trouve à la bibliothèque d'Auvelais.
L’Auteur : Ah, vous parliez de moi, quel bonheur. Comme je dis toujours : qu’importe que l’on dise du mal de moi, pourvu que l’on en parle.
Le libraire : Ca tombe bien, monsieur disait justement du mal de vous.
L’Auteur (offusqué) : comment cela du mal de moi ? Mais monsieur, qui vous permet ?
L’étudiant : Non, voyons, tout de suite ils exagèrent. Je disais juste que… je viens de finir ce livre que vous avez écrit, et j’admirais la manière habile dont vous aviez su
éclairer d’un jour nouveau des thèmes classiques, tout en employant une liberté de ton et une désinvolture totale face à cette vieille grammaire française sclérosée. Jusqu'à la charpente de votre
récit, qui est d’une originalité toute… heu… toute moderne.
L’ Auteur ( se laissant lourdement tomber sur une chaise) : En d’autres termes, vous trouverez que ce livre n’est pas frais, que les idées sont avariées, le vocabulaire frelaté et
le style de mauvais goût…
Le libraire : C’est exactement ce qu’il a dit.
L’étudiant : Mais comment le savez vous ?
L’Auteur : Apprenez jeune homme, que vingt ans dans l’art de lire entre les lignes et d’entendre entre les phrases.
La fille : Il est très fort.
Le libraire : Il voulait même que je lui rembourse le livre !
L’Auteur : Je vois, je vois. Il va encore falloir que j’assure le service après-vente moi-même. Savez vous, jeune homme, que ce livre que vous critiquer est déjà traduit dans dix-sept langues et
que nous avons fêté, il y a peu, le millionième exemplaire vendu ? Savez vous que j’ai ici-même une centaine de coupures de presse toutes plus flatteuses les unes que les autres ? ( Il sort un
épais portefeuille de la poche intérieur de son veston) Et savez vous enfin qu’une grande compagnie internationale m’en a acheté les droits pour en faire le film le plus cher de l’histoire du
cinéma ? Non, monsieur, vous pouvez être rassuré : comme déjà un million d’autres personnes, vous avez choisi le bon livre.
L’étudiant : « La preuve du pire, c’est la foule ».
FRANCIS PARISOT
La librairie
Ce livre se trouve à la bibliothèque d'Auvelais
"Je m’ennuyais des amusements de mes camarades ; et quand la trop grande gêne m’eut aussi rebuté du travail, je m’ennuyais de tout. Cela me rendit le goût de la
lecture que j’avais perdu depuis longtemps. Ces lectures, prises sur mon travail, devinrent un nouveau crime qui m’attira de nouveaux châtiments. Ce goût irrité par la contrainte devint passion,
bientôt fureur. La tribu, fameuse loueuse de livres, m’en fournissait de toute espèce. Bons et mauvais tout passait ; je ne choisissais point : je lisais tout avec une égale avidité. Je lisais à
l’établi, je lisais en allant faire mes messages, je lisais à la garde-robe*, et m’y oubliais des heures entières ; la tête me tournait
de la lecture, je ne faisais plus que lire. Mon maître m’épiait, me surprenait, me battait, me prenait mes livres. Que de volumes furent déchirés, brûlés, jetés par les fenêtres ! Que d’ouvrages
restèrent dépareillés chez la tribu ! Quand je n’avais plus de quoi payer, je lui donnais mes chemises, mes cravates, mes hardes ; mes trois sous d’étrennes tous les dimanches lui étaient
régulièrement portés. Voilà donc, me dira t-on, l’argent est devenu nécessaire. Il est vrai, mais ce fut quand la lecture m’eut ôté toute activité. Livré tout entier à mon nouveau goût, je ne
faisais plus que lire, je ne volais plus. […]
Le cœur me battait d’impatience de feuilleter le nouveau livre que j’avais dans la poche ; je le tirais aussitôt que j’étais seul…"
ROUSSEAU
Confessions
*Vx. Chambre où se trouve la chaise percée; chaise percée. (Dict.
XIXe s.).
Vieilli. Aller à la garde-robe. Aller à la selle.
Le Piémontais qui allait à la garde-robe tous les vingt jours (
FLAUB.,
Bouvard, t. 1, 1880, p. 63), in
TLFI
Ce livre se trouve à la bibliothèque d'Auvelais
Texte recopié par Nathalie Gustin, stagiaire au GABS